Syncope
: Au niveau traditions, n’avez-vous pas été surprise
par le peu de percussions à la Jamaïque ?
Jocelyne Beroard : C‘est vrai. Mais il y en a quand
même... Ils ont aussi leurs rythmes, qui leur sont propres... J'ai
eu l'occasion d'en découvrir en passant une soirée mémorable
avec les Third World en Jamaïque... Un lundi soir, de pleine lune...
Invités par une prêtresse (a wise woman dixit les
copains) dans sa maison au milieu de la campagne jamaïcaine. Elle
disait avoir trop d’énergie et devait redistribuer cette
énergie à ceux qui étaient là. Pendant quelques
minutes, j’ai un peu flippé et me suis demandée ce
que j’y faisais. Finalement, pensant plus positivement, j’ai
conclu que s’il y avait de l’énergie positive à
prendre, tant qu’à faire, pourquoi pas ? Elle s’est
mise à danser sur les tambours (joués par Third World) et
à envoyer son énergie. J’étais dans un coin
de la maison entourée de gens qui priaient, un peu en transe. A
la fin, elle nous a remis des dessins avec une écriture, qui était,
disait-elle, le langage premier oublié des humains. Quand elle
a appris que je n’étais pas de la Jamaïque, elle m’a
remis un dessin différent de celui des autres. C’était
assez troublant comme soirée.... Je ne sais toujours pas lire ce
qu’il y a d’écrit sur mon papier, mais je l’ai
gardé...
S
: Quelles sont les grandes différences entre la Jamaïque et
la Martinique ?
Jocelyne Beroard : La taille, et la mentalité
aussi. La Jamaïque est beaucoup plus grande, plus riche que la Martinique…
Ils ont de la bauxite, ne l’oublions pas. Quand j’y suis allée,
je voulais voir à quoi ressemblait une île plus grande que
la mienne. Que ce soit les cascades, les plages, tout était plus
grand ! Et puis l’histoire des colonisations… Je crois que
les colonisations anglaises et françaises n’ont rien à
voir… Aujourd’hui encore, on le remarque… La Martinique
est un département tandis que la Jamaïque est indépendante
et cela change tout. Là-bas la façon qu’ont les gens
de se comporter est totalement différente. La mentalité
c’est "démmerde-toi !". Les gens peuvent décider
et choisir, chez nous, il faut passer ailleurs, et on attend ou espère
une aide. Le fait qu'ils parlent l'anglais leur donne aussi une ouverture
sur le monde plus facile pour la musique. Mais la base, l'histoire d'origine,
est la même. Les manières des gens aussi, je me souviens
qu’un jour en voiture, vitres relevées, car on était
dans un quartier ‘‘chaud’‘, j'observais deux femmes
qui discutaient au-dehors, je n’entendais pas avec précision
ce qu’elles disaient mais elles avaient exactement les mêmes
intonations, les mêmes mimiques que d’autres femmes pourraient
avoir à la Martinique.
Interview
et photo (c) Stéphane Delphin.

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