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Dans toutes communautés
exilées, il existe des pionniers qui font tout pour vivre leur
culture sur leurs nouvelles terres. Ils yréussissent souvent,
au prix de plusieurs années d’efforts et de luttes.Le
temps fait alors son œuvre, souvent impitoyable avec eux. Pour
Syncope, il importe de rafraîchir la mémoire collective,
car sans cesprécurseurs, nous ne pourrions pas déguster
dans les bonnes conditions d’aujourd’hui, nos musiques
favorites et anciennes.
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Philippe Makaïa :
La voie du Ka
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Tanbouyé aux doigts de fer et
à la voix posée, Philippe Makaïa est
aujourd'hui un "Gwoka master " recherché dans
un monde musical de plus en plus friand de mélange.
Modeste, le guadeloupéen se dit heureux de faire
connaître son tanbou, le Ka, sa musique, le Gwoka, et
à travers eux, son pays.
"Mon école à moi c'est
la rue…"
Le parcours musical
de Philippe Makaïa
débute au milieu des années 70 sur la place du
bourg de Morne-à-l'Eau, en Guadeloupe.
"Morne-à-L'eau était une commune
tolérante à l'époque, à
l'égard du Gwoka. Ce qui n'était pas le cas
partout, précise t-il, notamment à
Pointe-à-Pitre [le chef lieu] où les
tanbouyé ont dû s'imposer pour continuer à jouer
sur le boulevard. "A
Morne-à-l'Eau on mettait les Ka sur la place et on
jouait tous les jours pendant des heures et des heures."
Une envie de jouer, d'apprendre et d'innover qui se
concrétisera par la formation d'un groupe de quatre
tanbouyé baptisé Gwo Siwo. Une époque qui
a marqué le musicien. "Nous étions jeunes et
nous voulions faire de grandes choses, peut être cela
nous dépassait-il ?" Il
en résultera tout de même l'album "Ka
fraternité", considéré par certains
comme un disque mythique, seul témoignage de
l'état d'esprit qui régnait alors. Une autre
caractéristique de Morne-à-L'eau pèsera
lourd dans la formation du chanteur Makaïa : Ce sont les
veillées mortuaires ! "
Il y en avait souvent, se souvient Philippe, très
animées, avec beaucoup de chants et de Boulagyèl
(1) et des jeux comme le Zizipan (2) ". Pendant la veillée, pas de tanbou ! C'est le
Boulagyèl qui prend sa place. Les voisins venus des
Grands-Fonds, terre de prédilection des chants
polyphoniques guadeloupéens, apportent leur concours.
C'est là que Philippe rencontrera celui qui lui
apprendra le chant : Lambert Milon. Homme de
fidélité, le tanbouyé aime à citer
et remercier tous ceux avec qui il a partagé l'amour et
la connaissance du Gwoka. Parmi toutes ces personnes reviennent
souvent les noms de deux maîtres : Vélo et Guy Konkèt.
Fidélité et ouverture
Sur le boulevard, à Pointe-à-Pitre, le mornalien jouera avec de nombreux et talentueux musiciens dont Vélo. Pour toute une génération, celui-i est " Le " maître. D'ailleurs Philippe considère qu'à cette époque, il suivait l'enseignement de Vélo (Lékòl a Vélo). L'émotion est perceptible quand il évoque le souvenir du petit homme au chapeau de pêcheur qui faisait résonner son Ka dans Pointe-à Pitre. "Vélo a cassé la tradition, il avait déjà voyagé dans sa tête et il aurait pu jouer avec un guitariste s'il le voulait… " Autre rencontre déterminante celle avec Guy Konkèt. "C'était un autre niveau. Guy est celui qui a fait sortir le Gwoka de Guadeloupe et l'a fait connaître dans le monde. Il y a introduit d'autres instruments : basse, contrebasse. Travailler avec lui m'a ouvert l'esprit et formé l'oreille." Le Boulayè-Makè (3) Makaïa est maintenant un professionnel reconnu et sa discographie reflète son ouverture d'esprit : Jazz - avec David Murray entre autres -, musique bretonne, nouvelle approche du Gwoka, avec la guitare de Jean Christophe Maillard ou bien au sein de Wopso. Aujourd'hui, la somme de toutes ces expériences se retrouve dans la composition de son nouveau groupe : deux tanbou, une contrebasse, une guitare et un trombone. Une formule qui dans les deux albums du groupe Wopso, avait révélé un son feutré, avec un Boula bien rond et un Makè pas trop " éclatant " où se posaient voix, cordes et trombone. Sur scène Philippe Makaïa chante et s'accompagne sur son Ka ou avec un Djembé. Un Djembé pas comme les autres. "Beaucoup de Makè utilise le djembé car c'est à la mode, affirme t-il. La peau du mien est cerclée et serrée avec des clés comme celle d'un Ka de Guadeloupe." L'homme reste fidèle à sa tradition mais est favorable aux évolutions : "La base reste là mais il faut aussi des innovations. Le musicien doit chercher à évoluer et récolter les fruits de l'expérience." . (c) Article rédigé par Diyo Laban
1/ Boulagyèl (Boulagèl) :
Reproductions vocales et polyphoniques du jeu du tanbou Boula,
sur lesquelles le chanteur pose sa voix.
2/ Zizipan : Se joue avec une tige de bois
ou un sabre (machette) frappé de bas en haut en cadence,
les participants passent la main en dessous et essaient de ne
pas se faire frapper.
3/ Boula et Makè : Tambours de la
tradition Gwoka. Le Boula est le plus gros et le plus grave. Il
soutient le rythme en continu. Le Makè, plus petit et
plus aigu, sert à jouer les solos. Il accompagne les
danseurs dans un dialogue improvisé ou codifié.
Les musiciens sont appelés Boulayè ou Makè
en fonction du tanbou, du Ka, qu'ils utilisent.
Discographie sélective
Gwo Siwo/Gwo Kato, LP "Ka Fraternité"
Debs Prod. 1995
(réédition)Wopso LP Wopso, 1995 ;
LP
Lespwa, 2001.Prod. Wopsolivier et Roby
Jean Christophe Maillard LP "Ka suite". Prod. Abacaba/PMC 2000
David Murray and the Gwoka masters LP Gwotèt. Prod. Justin
Time/Harmonia Mundi Jazz 2004
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