Au Nord, l’été approche et c’est l’heure des grands liftings pour les peaux de tambours. Liftings naturels et ancestraux, qui ne fuient pas le temps qui passe Syncope se place dans la complexité d’un présent qui n’ignore pas le passé ; et bat l’appel pour que la transmission s’opère aussi ici !
Tikok Vellaye : La mémoire des sens


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Le Maloya est la musique qui fît connaître Tikok ici, en tant que musicien de Danyel Waro. Formé à bonne école, il joue de tous ses instruments de base : le tambour nommé Rouleur (joué couché), le Kayamb1 et le Bobre ou Bob, arc musical appelé Berimbau au Brésil.

Que le Maloya soit vécu tel un blues ou tel un support aux
servis malgas2, il incarne un certain passé de l’Ile de La Réunion, celui de la Traite des esclaves. Réprimé il y a encore peu, ce n’est que depuis le début des années 80 qu’il se joue sans retenue dans l’Ile.

Tikok étant à Paris avec son groupe de maloya électrique,
Tisours*, nous lui avons demandé de nous parler de sa rencontre avec Danyel Waro. Mais aussi des débuts à Saint-Denis de La Réunion, quartier La Source ; origine d’un groupe créé en 1989 avec le copain Laurent Daleau, qui «habite en face» et actuel tanbouyé de Danyel Waro.

Contrairement aux Lélé et Viry, ils ne viennent pas de familles maloya installées en province mais de la capitale et rencontrent cette culture un peu par hasard, un peu par pratique religieuse. La première expérience de percussions de Tikok était sa participation à une Batucada
3 qui existait à La Source.« Je n’ai battu le Roulér que vers 20, 21 ans » après une rencontre déterminante...

Comment s’est passé la rencontre avec Danyel Waro ?

Tikok Vellaye : Laurent Daleau était tellement investi dans les tambours (Djembé, Congas, Rouleur, etc) que c’est lui le premier, qui a rencontré Danyel, alors que j’étais à l’armée. A mon retour, il m’a emmené dans son atelier de lutherie. C’était au début des années 90. Arrivé là-bas, ça a été comme une révélation. Je me suis à battre tanbou, kayamb, percussions indiennes. Ah ! (admiratif) Danyel m’a tellement aidé.

Alors pourquoi la séparation ?

T.K. : Non, tout va très bien entre nous, simplement j’ai voulu me consacrer à fond à Tisours. C’est simplement qu’il est dur de vivre de la musique, même en étant musicien de Danyel...et qu’on grandit, que la famille s’agrandit…” (ndrl : Tikok est actuellement employé de l’Assistance Publique)

Tu as commencé tard, donc ?

T.K. : Oui, mais je pratique beaucoup la religion Malbar4  et Malgache aussi. Dans les cérémonies, il y a des instruments traditionnels qu’on utilise dans le maloya. J’entendais ces rythmes depuis l’enfance, ils étaient déjà en moi. Pour les instruments malbar, je suis allé voir un ami religieux, pour qu’il m’apprenne la finesse de certaines frappes.

Tu viens d’une famille de musiciens ?

T.K. : Oui, mais pas d’instruments traditionnels. Mon père, Georges, jouait de la batterie et de la guitare dans un groupe de variétés et de Séga : Sami. Ma maman, elle, était une très bonne danseuse. Par contre, depuis une vingtained’années, mes parents organisent des servis malgas où là, les instruments traditionnels sont bien présents. Idem dans les cérémonies malbar. Les servis ont été mes principales rencontres avec la tradition ; avec aussi quelques 33T et K7 de musiques malgaches qu’on écoutait à la maison et sur lesquels on dansait en famille. Pour moi, le tambour, c’est le respect des ancêtres...Je sais que si je suis là, c’est grâce à eux !

Et le Kayamb ? Dont tu joues sur les albums de Danyel Waro et celui d’hommage à Alain Peters ?

T.K. : Il faut être capable d’en jouer autant quele Roulér. Ces deux-là, on ne peut pas les séparer! Quand j’ai le Kayamb en main, il me fai penser à La Réunion au milieu de l’océan…C’est comme s’il imitait le bruit des vagues…avec au loin le bruit du Roulér.

Le Bob, qui est très présent dans l’Océan Indien, est aussi ton instrument de choix ?

T.K. : A ce sujet, j’aimerais parler d’un musiciena ujourd’hui décédé qui était un spécialiste de cet instrument : Etienne Bob. Il venait du quartier des 3 Mares au Tampon. Il n’existe pas d’enregistrement de lui, je crois, mais il a joué avec les plus grands : Firmin Viry, Lo Rwa Kaf, Danyel, et c’était terrible ! Je ne l’ai vu jouer qu’une seule fois étant marmaille, et je m’en souviens encore !

( c) Article rédigé par Stéphane Delphin


1 Kayamb : Instrument typique créant le swing du maloya. Le kayamb est un cadre rectangulaire composé de fleurs de canne, rempli de graines (safran, girofle ou verre, etc)

2 Cérémonies en l’honneur des ancêtres appelées aussi servis kabaré avec encens, offrandes de nourriture, sacrifices d’animaux. A ce sujet, voir les films «La nuit échappe aux maîtres», 2000 et «Chants du temps longtemps», 1998 de Christian Lorre. Prods Le Triton et RFO. Ecouter le CD de Granmoun Lélé «Soleye» Label bleu.

3 Ensemble de percussions brésiliennes de carnaval. 4 Culture des tamouls de l’Océan Indien Inde du Sud.

SYNCOPE N° 2 Mai 2004