KEYVAN CHEMIRANI

Réflexions sur le Darf, L’Inde, Le Mali, L’Iran, Les fusions musicales opportunistes
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Comment le zarb a-t-il évolué avec la tradition musicale persane ?

Il est important de comprendre que la langue persane est une langue très poétique qui inspire le musicien. Tout le répertoire traditionnelle qu’on appelle le «rhadi» est composée de petites pièces mélodico-rythmiques (« les gouchi » ) que l’on a agencées. Les « gouchi » sont liées à des poèmes qui sont des poèmes rythmique du 11, 12, 13ème siècle comme les poèmes de Saadi…La musique est nourrie par cette culture poétique aussi bien par le sens que par la forme. La musique persane n’est pas vraiment une musique divertissante, c’est une musique de recueillement, parfois emprunte de mélancolie. Le musicien s’inspire aussi de la forme du poème par exemple, le poème de Saadi que nous avons travaillé a été pour nous une source rythmique importante. On s’inspire de la forme rythmique du poème avec ses temps… C’est une source formidable pour les musiciens et les percussionnistes en général …

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Vous avez joué de deux autres instruments ?

Du Darf et du Bendir.

Qu'est-ce que le Darf vous apporte musicalement par rapport au Zarb ?

Le darf est une percussion large d'environ 50cm de circonférence constitué d'un bois cerclé large de 10 cm sur lequel on a collé une peau de chèvre.Il est constitué d'anneaux assez fins que l'on place dans des petites ouvertures et comme il y en a beaucoup, cela a une résonance sur la peau. Le darf ressemble au bendir   d'Afrique du Nord mais ce dernier est moins large de circonférence et l'on peut percer la peau avec une aiguille à chaque extrémité pour y placer une diagonale constituée d'un fil perlé. Ce fil perlé donne également une résonance particulière à la peau.Cela n'a rien a voir, d'abord parce que le darf est un instrument plus sonore. Il dégage tout de suite un son particulier quand on fait tomber les anneaux sur la peau, il y a un effet une sonorité de l'ordre du sacré, quelque chose de très solennel qui alourdit l'atmosphère mais cette sonorité sort avec beaucoup de pêche. Comme il y a beaucoup d'anneaux fins, il y a beaucoup de résonance sur la peau. Les rythmes sont très chargés, les basses sont très frappés, très riches. L'apprentissage de la technique du zarb est récente. De nos jours, il existe de grands virtuoses de cet instrument en Iran.

Vous avez une façon de jouer assez particulière. j'avais vraiment l'impression que votre main était collé au darf et je me demandais même comment vous faisiez pour produire un son ?

L'instrument est très grand mais il y a un petit creux pour placer le pouce et maîtriser l'instrument mieux le manier mais c'est un instrument qui malgré son envergure est léger. 


( c )  Propos recueillis par Yasmina Rayeh

 

 

SYNCOPE N ° 12 MAI 2005
Photo : ( c ) Yasmina Rayeh
Le Daf Photo : ( c ) www.worldmusiccentral.com